L'intelligence collective est-elle magique ?

Une des compétences clés pour réussir au 21ème siècle selon l’OCDE est la capacité à collaborer. Et on peut dire aujourd’hui que l’intelligence collective est « hype » ! Mais comme tout concept tendance, le risque est qu’il finisse par agacer.

Alors même que le terme d’intelligence collective est sur toute les lèvres, on entend aussi celui de « réunionite aigue » apparaître et se multiplier. Beaucoup d’études montrent que le nombre de réunions augmente en même temps que le taux de satisfaction de ces mêmes instances diminue.

Comment l’expliquer ?

La pensée magique ! Celle qui nous pousse à croire que pour être plus intelligent collectivement, il suffit d’être plusieurs. On dit bien que 1 + 1 = 3. Et pourtant, cette équation véhicule le plus grand mensonge de la collaboration !

En effet, l'expérience nous le montre :

  • Qui n’a jamais eu le sentiment de perdre son temps en réunion ou en groupe de travail ?

  • Qui n’a jamais pensé que tout seul, il/elle irait plus vite qu’à plusieurs ?

  • Qui n’a jamais constaté que le résultat du groupe est de moins bonne qualité que ce qu’un individu seul aurait pu produire ?

MEETING.gif

Et pourtant, nous avons tous également expérimenté ou été témoin de moments dans lesquels le collectif a accompli des choses plus grandes que ce qu’un individu tout seul aurait jamais pu imaginer !

Les groupes ont-ils leur propre forme d'intelligence ?

Premier réflexe : penser que le 'QI' d'une équipe dépend du 'QI' de chacun de ses membres. L’équipe serait donc une moyenne des QI. Si c’était le cas, ce serait facile de créer de l’intelligence collective : regroupons pleins de gens intelligents et Boum !

Pourtant, la cas Challenger nous donne le parfait contre-exemple. En 1986, la navette explose peu de temps après son décollage causant la mort de 7 astronautes. La commission d'enquête met en lumière plusieurs dysfonctionnements d'équipe (communication difficile, culture de la pression...) à l'origine de la catastrophe. Or, l'équipe de la NASA en charge de ce lancement était composée d'individus brillants, conscients des enjeux et des risques. Pourtant, collectivement, ils ont été amenés à prendre une mauvaise décision.

Qu'est ce qui rend une équipe plus intelligente et performante qu'une autre ?

C’est ce que les recherches d’Anita Woolley visent à comprendre : qu’est-ce qui rend une équipe plus intelligente et performante qu’une autre ? Y a-t-il un équivalent du QI individuel pour les groupes ? Un collectif de personnes a-t-il lui aussi une capacité générale de résolution de problème reflétant son intelligence ?

L’équipe de Woolley a alors réalisé une série d'études auprès de 200 groupes de personnes qui furent soumis à des tâches de natures variées : maths, créativité, négociation etc… Les résultats ont révélé l'existence d'un facteur déterminant de la performance collective avec une variabilité des performances de l’ordre de 43%. Les équipes possédant un facteur c (pour intelligence collective) élevé étaient donc 43% plus performantes que les autres. Ce facteur c fut alors défini comme la « capacité du groupe à réaliser une grande variété de tâches » et serait l'équivalent du QI pour les groupes.

UNIGI.gif

Alors quels sont les facteurs qui font la différence ?

Les groupes avec un facteur c élevé ont des caractéristiques communes à la fois individuelles mais aussi dans leurs interactions :

➡️Tour de parole partagée et équitable : Chacun peut s’exprimer de manière spontanée sans qu’une personne prenne le dessus. Assez logique au final. On attend du collectif une multiplicité d’approche qui ne peut s’exprimer que si la parole est libérée. Les échanges peuvent être guidés (par un facilitateur par exemple) pour susciter une répartition équilibrée.

➡️L’intelligence émotionnelle : Comprendre ce qu’autrui pense ou ressent en observant les attitudes, expressions des autres. D’où la variance expliquée par la présence de femmes dans une équipe (23%)… Et oui, aujourd’hui cette compétence est socialement plus encouragée chez les femmes. Alors, à court terme, intégrer des femmes dans une équipe c'est la rendre plus intelligente ! 👯‍♀️

➡️Des styles cognitifs et des personnalités variés : c’est-à-dire des modes de pensée différents pour alimenter la réflexion commune. Des visuels, des kinesthésiques, des introvertis analytiques et des extravertis enthousiastes… La diversité ne doit être ni trop faible (on pense tous la même chose), ni trop élevée (je comprends pas quand tu parles).

➡️La mémoire transactive : C’est cette mémoire collective qui permet d’avoir des connaissances sur le savoir des autres mais aussi de partager des modèles mentaux. C’est savoir que Jean est super doué sur tel sujet ou que Jeanne a une super expertise dans tel domaine. Mais aussi visualiser l'objectif de manière commune avec les mêmes mots, les mêmes images. Une bonne mémoire transactive permet aux équipes de s'adapter aux environnements dynamiques et complexes dans lesquels les équipes sont amenées à évoluer. Un peu comme les avengers, c’est connaître les superpouvoirs de chacun pour réagir de manière optimale collectivement (Go Hulk !)💪

IMAGE.gif

Des tips pour développer ces compétences ?

  • Différencier les tâches pour lesquels le collectif est utile et celle pour lesquelles il n’apportera rien : certaines tâches dites disjointes qui nécessitent une expertise ultra-pointue ne vont pas nécessairement reposer sur la force du collectif.

  • Des ateliers de mind-mapping des compétences : imaginez si les avengers ne savaient pas que Bruce Banner peut devenir le Hulk mais qu’il est aussi très calé en psysique nucléaire, que Captain America est expert en stratégie militaire en plus d'avoir un beau bouclier, ou que la veuve-noire est experte en technique d’espionnage, karaté, kung-fu et j’en passe… Une super start-up du nom de Kaboom Agency anime des ateliers qui permettent de mind-mapper les compétences d'une équipe ;)

  • Utiliser la réunion comme un outil de collaboration : une réunion peut faire mille choses si on sait bien s’en servir. Comme tout outil, on doit apprendre à s'en servir. Pourquoi se réunir ? Que va-t-on faire ensemble ? Avec quoi voulons-nous sortir ? Si on ne sait pas répondre à ces questions, autant ne pas se réunir. Notre recommandation est d'utiliser des canevas pour guider la réflexion lors des réunions et ne pas perdre de vue l'objectif.

  • Visualiser les problèmes : un collectif doit apprendre à construire des modèles mentaux partager. Et le meilleur moyen c'est de les dessiner. Dessiner le problème, le contexte, ses idées. Nous ne saurions que trop recommander l’utilisation de supports visuels : whiteboard, paperboard, post-it, dessins.

Alors, l'intelligence collective n'est pas magique et ne se décrète pas : elle demande un environnement, des compétences, des outils. Mais une fois, qu'elle émerge, c'est là que la magie peut opérer ✨

LEO.gif
Kaboom agency